La troisième major en liste est EMI avec 14,8% de part de marché1. En 1931, la britannique Columbia Records et la Gramophone Company/HMV fusionnent pour créer Electric and Musical Industries. Le label s’est étoffé au fil des années: en 1988, EMI investit dans le fameux Food Records, qui après contrôle total en 1994, devient Parlophone2. En 1992, EMI acquiert aussi le Virgin Music Group3.
En 2006, EMI devait fusionner avec Warner, mais ne trouvant pas d’accord, les négociations ont été abandonnées4. L’idée était de se faire racheter l’une par l’autre ou par un fond d’investissement afin de se renforcer sur le marché fragilisé5. En 2007, Warner revient sur sa décision et se bat avec le fond d’investissement TerraFirma pour racheter EMI6, mais se retire de la course au bout du compte7. Il n’est donc plus question d’une fusion Warner/EMI8.
TerraFirma a alors instauré des changements fondamentaux9: le fond d’investissement a menacé de se séparer des artistes les moins productifs10 et de baisser sa cotisation aux associations telles que la SNEP, la RIAA et l’IFPI. Les labels investissent en moyenne 90 millions d’euros par an, et le résultat est nul, de plus ces campagnes de répression n’ont fait “qu’encourager le développement de réseaux open-sources incorruptibles”11.
Quelques mois après le rachat d’EMI, TerraFirma revendait déjà 15% de ses parts12. En 2008, les rumeurs courent que le label allait supprimer entre 1500 et 2000 employés sur les 5.500 actuels13. TerraFirma essaie de renverser la balance pour ce label que l’on surnommait “Every Mistake Imaginable”14.
Au bout du compte, ce redressement radical, qui a pourtant fait fuir des artistes importants comme les Rolling Stones15, porte ses fruits. A la fin de l’année 2008, le bilan est positif, EMI est en train de remonter la pente. Le nouveau leitmotiv est de créer de la valeur ajoutée dans la relation artiste/fan16.
EMI reste aussi concurrentiel sur l’offre. En 2006, un accord passé avec Microsoft proposait de pré-remplir un lecteur mp3 de fichiers vidéos du catalogue EMI17. Puis, le label s’associait avec Last.fm pour mettre en ligne TuneGlue, un outil de cartographie musicale pour relier les artistes par style de musique18. EMI, malgré quelques réticences19, a été le premier label à abandonner les DRM20 et à avouer que cela n’augmentait pas le piratage21.
En 2007, EMI a signé des partenariats avec TF122, puis avec Alice, le FAI, pour contrer l’offre de la NeufBox23. En 2008, elle tentait l’offre financée par la presse24, et innovait avec les bornes musicales placées stratégiquement dans les aéroports25. Le label a aussi signé un accord sur une partie de son catalogue avec SpiralFrog, qui propose une offre financée par la pub26. EMI rejoignait aussi les autres labels sur le fameux deal avec MySpace Music27.
Mais la dernière annonce qui fait couler de l’encre est l’annonce du lancement de sa propre plateforme musicale en ligne, qui utilise les méthodes mises au point pour TuneGlue28. Les experts expliquent que ce projet ne peut pas être profitable parce que ce que les consommateurs recherchent dans le téléchargement en P2P c’est de ne pas être limité; or le portail EMI.com ne pourra offrir que le catalogue du label29. En attendant les résultats, EMI a été la première à autoriser le lancement d’un jeu sur iPhone avec des titres de ses artistes30.
[1] PCInpact (08/09/2008 ) Sanyas, N.: France: tous les chiffres sur les ventes de musique numérique
[14] Financial Times (03/12/2008 ) Edgecliffe-Johnson, A., Davoudi, S. & Arnold, M.: Dark Side of the Boom
[20] Numerama (19/06/2007) Champeau, G.: EMI satisfait des résultats de l’abandon des DRM sur iTunes
[22] Numerama (23/02/2007) Champeau, G.: EMI: même pas besoin de Publicis pour avoir sa pub sur TF1!
[23] Numerama (05/12/2007) Cédric L.: AliceMusic: le téléchargement illimité du cataligue d’EMI… sous DRM
[24] Numerama (30/01/2008 ) Champeau, G.: EMI se lance à son tour dans la musique financée par la presse
[25] Numerama (30/05/2008 ) Cédric L.: 350 de bornes de musique dans les aéroports européens grâce à EMI
